Y’en a marre des concours publicitaires

Par Etienne Denis, le 30 septembre 2009

Je n’ai rien contre les Prix Boomerang. Mon coup de gueule de ce matin ne vise pas en particulier ce concours. Je prends Boomerang en exemple parce qu’on vient de terminer la période d’inscription aux Boomerang.

Le but du concours : récompenser les meilleures publicités interactives et les meilleurs sites Internet.

C’est quoi une “meilleure publicité” ou un “meilleur site web”? Dans le cas des Boomerang, les critères sont :

  1. Qualité artistique/design
  2. Stratégie/communication
  3. Innovation
  4. Ergonomie et fonction

Lors de l’inscription, les agences doivent aussi indiquer les résultats obtenus. En théorie, jusque là tout va bien… En pratique, les résultats sont mentionnés une seule fois dans les critères de sélection, et comme dernier sous-point de la section 3. Innovation : ” Pièce qui ébranle le statu quo – sans toutefois compromettre stratégie et résultat”.

C’est à partir de là que ça dérape….

D’abord, il y a Martin Ouellet, de Provokat, qui rappelle que les résultats sont incomparables. Les mêmes créatifs avec le même plan média pour deux annonceurs différents vont donner des résultats différents, dit-il, justement parce qu’il s’agit de deux marques différentes. Comment alors comparer deux projets qui n’ont aucun point commun (à part leur inscription au même concours)?

Petit problème…

Mais mon coup de gueule vient d’un commentaire lu à la suite du vidéo de Martin. C’est une évidence, une affirmation 100% vraie, une idée avec laquelle tout le monde va être d’accord: “dans un contexte de concours comme celui-ci, ce qui est plus sexy et innovateur devrait attirer le jury plutôt qu’un site unsexy, mais qui convertit à fond comme c’est souvent le cas”.

Ben oui. Tout le problème des concours est là :

meilleur =  sexy et innovateur?

Dans ce genre de concours, l’industrie se regarde dans le miroir et se trouve belle. Sauf qu’elle a oublié de poser la question à son partenaire : le client.

Je ne suis pas sûr que du côté des clients, on cherche vraiment ce qui est le plus “sexy et innovateur”. Quel client va être réellement sincère en disant “Notre taux de conversion a chuté de 5%, mais on est quand même super content parce que notre nouveau site est sexy et innovateur”?

Un autre grand oublié de ces concours : l’internaute. Lui aussi ne cherche pas ce qui est “sexy et innovateur”. Voici deux exemples de sites web qui n’auraient pas gagné de concours lors de leur lancement. Ils ont répondu aux besoins des internautes de façon magistrale et, quelques années plus tard, leur succès était devenu incontestable:

Arrêtons de nous raconter des histoires. Ces concours ne récompensent pas les meilleurs projets. Ils récompensent l’innovation… et les gros budgets pour la réalisation. Il faudrait avoir la transparence de le dire.

Cela dit, bonne chance à tous les participants. (Et la journée que je vais monter sur le podium, moi aussi je prétendrai que mon projet était le “meilleur”. ;-))

Évaluation :

Sujet : Événements |

8 réponses à “Y’en a marre des concours publicitaires”

  1. Marc Poulin
    Le 30 septembre 2009 à 8 h 47 min

    Quand on fait un site web, la seule chose qui compte vraiment, c’est le bénéfice apporté au client. Ce bénéfice peut se mesurer en ventes à court terme ou en impression faite auprès de clients potentiels et qui se traduira, à plus long terme, en ventes.

  2. François La Roche
    Le 30 septembre 2009 à 9 h 42 min

    C’est un peu pas mal à cause de ça qu’on (l’APCM) a créé le STRAT, un concours de stratégie en communication et marketing, voire en affaires (car qui dit marketing, dit Top Line (revenus), carburant essentiel à la pérennité d’une business).

    Le STRAT compte sur l’unicité et la pertinence d’une stratégie de comm ou de marketing, une exécution magistrale et des résultats probants. Gagner un STRAT, c’est faire la preuve qu’on génère de la valeur.

    (S’cuse la plogue, Étienne. La porte était toute grande ouverte !)

  3. Dorianne
    Le 30 septembre 2009 à 12 h 11 min

    Mon commentaire: on obtient beaucoup plus de gratification d’un pair que d’un client.

    Possible ?

    En tout cas, c’est vrai dans mon cas. Ex : je travaille avec une agence, on créé une stratégie de communication, ils sont super contents des textes, notre collaboration est trippante. Et le client dans tout ça ? Il dit « oui, ça me convient ». Alors que nous, en « gang » on a vraiment eu du fun à faire le projet et se dépasser. Le feedback du client est décalé par rapport à ça. Je sais, c’est lui qui paie, c’est donc sa partie “gratification” je suppose. Mais l’impression de faire de la bonne job, c’est pas désagréable :) Les prix c’est pas un peu ça aussi ?

  4. Jean-Francois Belisle
    Le 30 septembre 2009 à 12 h 43 min

    Le point de Doriane est vraiment intéressant. Une récompense des pairs attirent le respect des pairs en termes de qualité de l’oeuvre et non en termes de qualité de la conversion. Le problème majeur réside dans la phrase suivante: “peut-on mesurer uniquement la qualité d’un concours publicitaire à l’aide du taux de conversion”, plusieurs personnes diront oui, mais les plus puristes diront non. C’est un peu comme une comparaison entre les “Oscars” vs les “People Choice Awards”.

  5. DoOm
    Le 30 septembre 2009 à 13 h 26 min

    Wow…

    Y a longtemps que j’espérais voir un « post » de ce genre. J’ai toujours voulu me lever pour le crier, mais je n’ai jamais trouvé les mots. À chaque fois, c’est la même chose, je commence à écrire, plus j’avance, plus le ton monte, mes mots sont barbare et je fini par perdre de la crédibilité. C’est pourquoi je n’ai jamais écrit sur le sujet.

    Il à de très beau projet qui sont présenté au Boomerang, pour ma part, j’ai toujours répondu aux gens qui me disent qu’ils aimeraient bien gagner un Boomerang : « Ta juste en t’en acheter un ». J’ai souvent remarqué une relation étroite entre les gagnants, les membres de l’organisation, les jurys et les commentaires.
    Mais comme tu dis si bien : « Et la journée que je vais monter sur le podium, moi aussi je prétendrai que mon projet était le meilleur » quand j’ai gagné en 2001, mon projet était le meilleur… ha ha !

  6. Etienne Chabot
    Le 1 octobre 2009 à 15 h 25 min

    C’est pas le propre de tous les concours, gala machins dans le monde de la pub et des communications?

    Il me semble qu’à chaque année, on assistait au même débat au sujet des coqs du PCM où Cossette, BOS et autres big remportaient 80% des prix? Doit-on récompenser la pub créative ou la pub efficace? Tant que ce sera la même gang en arrière de ces concours, leur modes d’évaluation resteront les mêmes…

    Il faudra faire comme pour les galas télé (Artis, Gémeaux, ADISQ, Olivier, Metrostar, en onde et hors d’onde, anti-gala, etc): Inventer des nouveaux galas pour permettre à tous le monde de gagner un ti quelque chose

  7. Louise Branchaud
    Le 10 octobre 2009 à 10 h 52 min

    En ce qui me concerne, les Boomerangs ne représentent absolument pas l’industrie. C’est le party d’un club select, celui des gros budgets nationaux.

    La réalité, c’est que les PME représentent 97% des entreprises canadiennes. Ce sont donc ces PME qui font vivre la majorité des agences du Québec, donc la majorité de nos professionnels. Quiconque jette un œil aux résultats des Boomerangs 2008 se rendra compte assez rapidement qu’aucune de ces initiatives n’a été faite à petit budget. Voilà pourquoi les Boomerangs ne représentent pas l’industrie.

    Ne pas représenter l’industrie est une chose. Il y a aussi le fait que les Boomerangs sont déconnectés de leurs professionnels. Quand tu as un client qui a un budget de 20 000$ pour faire un site, ce n’est pas le diable. Sauf qu’un professionnel doit faire le maximum pour exploiter ce 20 000 $ et rendre justice aux objectifs de son client en optimisant la stratégie et les moyens. En ce moment, ce professionnel n’ a aucune chance de se retrouver sur le podium, Boomerangs en main, bien qu’il le mérite largement. C’est là que je trouve que l’on rit de nous avec nos dents.

    Comprenez-moi bien, je n’ai rien contre l’innovation. Bien au contraire, elle est nécessaire et elle est trippante. Sauf que, comme ce n’est pas tout le monde qui peut pelleter des dollars dans un projet Web, il faudrait reconnaître la compétence aussi. Des catégories par budget seraient un bon début. Une analyse mandat-réalisation me semble impérative au processus. En ce moment, on me semble voter sur le WOW et le tape-à-l’œil et là, mon ami, ça craint. Quand je lis Doom qui dit d’acheter le produit, ç’a me fait encore plus sourciller.

    Non, sans farce, combien sommes-nous de professionnels au Québec à nous casser le coco pour livrer la marchandise? Que ceux et celles qui le font et qui sont lecteurs d’INFOPRESSE lèvent la main. Ça aussi c’est étrange : comment une publication professionnelle peut-elle être derrière un concours si élitiste? Le poids de l’investissement publicitaire serait-il un des critères d’attribution? Hum…

    Bon, j’arrête. Je pompe à la Doom là. Bon week-end.

  8. Alexandre Gosselin
    Le 6 novembre 2009 à 11 h 40 min

    J’adore le commentaire de Louise Branchaud. Ayant plusieurs fois participé aux Boomerangs (simple spectateur ou ayant soumis un projet) d’année en année “l’innovation” des projets n’est que tape à l’oeil, mais WOW parfois on oublie la clientèle et l’usager. Chaque année, j’ai une envie de prendre tous les projets “gagnants” et les soumettre à des tests élaborés d’utilisabilité et d’ergonomie. Une vraie étude de terrain avec du vrai monde. On pourrait remettre les pendules à l’heure à plusieurs concepteurs et créatif. Ici je ne parle pas de ne pas valoriser la création artistique. Seulement, il a une place trop importante dans les Boomerangs pour le “sexy”. Les prix sont remis à des “agences web” plus proche de “l’agence de pub”, ayant des budgets énormes “publicitaires “. Les Boomerangs sont malheureusement de moins en moins valables et ne représente pas suffisamment toutes les couches de production Web (TI, ergonomie, usabilitity, innovation technique, problématique, stratégie et objectif VS budget et temps, simplicité et impact ….). C’est triste car c’est parti d’une folle et belle idée de valoriser l’industrie du web. Est-ce donc un concours de design publicitaire ?

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