Et si Seconde Life était entrain de répéter une mauvaise partie de l’histoire du Web

Guillaume Brunet

Au début des années 2000, plusieurs entreprises ont investit énormément en frais de consultation et dans des technologies Internet sans que des raisons d’affaires les justifient. Ils ont investit dans des sites Web qui ne généraient pas de retombées d’affaires et des sites de commerce électronique sans utilisateurs. Ils l’ont fait parce que c’était la mode du moment, parce que leurs compétiteurs le faisaient, parce que ça « flashait », pour expérimenter…

Second Life

Est-ce que cette situation est entrain de se répéter avec Second Life ? Je lis à gauche et à droite les blogues relatant l’entrée dans ce monde virtuel de grandes entreprises (IBM, Dell, Reebok, Adidas, Nike, Toyota, Pontiac, Sun Microsystems, Sony et Sears) et nous disant que SL est l’endroit d’avenir pour les annonceurs et les détaillants. Je n’ai par contre pas entendu jusqu’à présent de cas à succès en termes monétaires d’un investissement dans SL de la part d’annonceurs.

Oui, il y a eu la première millionnaire virtuelle. Oui, il y a la designer New Yorkaise qui fait fortune. Oui, les agents d’immeubles sont ceux quoi font le plus d’argent dans SL. Mais il s’agit d’individus brillants qui se consacrent entièrement à ce monde virtuel et non pas d’entreprises cotées en bourse qui ont bien d’autres impératifs.

Quand je lis les propos de Raz Schionning, directeur Web pour la populaire marque de vêtements American Apparel qui a été le premier détaillant du monde réel dans SL, je ne suis pas rassuré :

« It may be more interesting as a concept than a reality at this time. »

et

« We haven’t quite figured out how to make good use of it, and I’m not sure anybody has. »

Et quoi penser de l’affirmation suivante de Glenn Fisher, directeur du marketing chez Linden Lab, la compagnie technologique derrière Second Life :

« I think it is early to be thinking about ROI. It is (more about) expanding marketing brand presences, from generating PR to exploring (Second Life) to establishing a presence of some kind. »

Donc si je comprends bien, en tant qu’annonceur qui doit justifier des budgets par des ventes, je laisse les compagnies avides de relations publiques et de notoriété s’amuser et je fais des ventes sur Google, MSN Sympatico, Canoë ? C’est ce que le directeur Web d’American Apparel nous confirme :

« We had a very positive response both from consumers and the press—a little disproportionate to the real value of what we put together, but that’s OK. Not everything has to be about direct sales; it’s allowed to be about branding, as well. »

Je dois donc me ranger du côté de Fred Cavazza (Pourquoi je ne crois plus en Second Life ?) en continuant à visiter le site à mon ami Michel en espérant que les cas à succès se propagent. Je tiens cette approche de mon ancien VP marketing principal, Pierre Melançon, qui préférait être un « Smart Follower » qu’un « Early Adopter ».

Source : les citations proviennent du Marketing News du 15 février 2007 qui est envoyé gratuitement aux membres de l’AMM-PCM.

Cet article a paru en primeur sur www.guillaumebrunet.com.

7 réponses à “Et si Seconde Life était entrain de répéter une mauvaise partie de l’histoire du Web”

  1. » Et si Seconde Life était entrain de répéter une mauvaise partie de l’histoire du Web : Actualité Informatique commente :

    […] Voir la suite >>. […]

  2. Blogue marketing interactif de l’Association marketing de Montréal et du Publicité Club de Montréal » Blog Archive » eMarketing 2.0 (partie 2) commente :

    […] Par contre, je n’ai pas eu connaissance jusqu’à présent de cas à succès en termes pécuniaires d’un investissement dans Second Life de la part d’annonceurs. Quand je lis les propos de Raz Schionning, directeur Web pour la populaire marque de vêtements American Apparel qui a été le premier détaillant du monde réel dans Second Life, je ne suis pas rassuré : « It may be more interesting as a concept than a reality at this time. » et « We haven’t quite figured out how to make good use of it, and I’m not sure anybody has. » […]

  3. Michel Leblanc commente :

    Cher Guillaume il semble que monsieur Schionning ne soit pas très constant dans ses remarques. Dans un billet sur Second Life de ce matin, je le cite et il dit pratiquement le contraire. Soit qu’il a été mal cité, soit qu’il dit n’importe quoi soit qu’il ne veut pas attirer de compétiteurs dans SL. Toujours est-il que strictement au niveau des retombés médiatiques de l’initiative, ce qu’ils ont fait dans SL rivalise sérieusement avec tout ce qu’ils avaient fait auparavant, y compris avec l’histoire plus ou moins nébuleuse d’harcèlement sexuel du président. M’enfin

  4. marcus marketing commente :

    Bravo pour cet article que j’aurai aimé écrire…car je me suis rangé aussi du côté de Cavazza sans le savoir (un peu comme Monsieur Jourdain). L’engouement pour Second Life tourne à l’effet de mode chez nous en France…le ROI vient peut-être de la valorisation du nombre de citations dans la presse ou d’articles publiés dès lors qu’une marque annonce qu’elle prend pied sur Second Life (cf le cas de l’introuvable boutique Dior) ??
    Ne peut-on pas penser qu’il est plus facile de d’entrer dans Second Life sans aucune idée ni concept, ni stratégie plutôt que d’essayer de donner du sens et des objectifs marketing concrets au Web 1.0 ???

  5. Blogue marketing interactif de l’AMM-PCM » Blog Archive » Un an et toutes ses dents commente :

    […] Et si Seconde Life était entrain de répéter une mauvaise partie de l’histoire du Web […]

  6. Pascal Hebert commente :

    Dans le même sens que la réflexion débutée par Guillaume :
    http://www.latimes.com/business/la-fi-secondlife14jul14,1,3135510.story?ctrack=1&cset=true

  7. Blogue marketing interactif de l’AMM-PCM » Blog Archive » Le Zeitgeist 2007 de ce blogue commente :

    […] «Et si Seconde Life était entrain de répéter une mauvaise partie de l’histoire du Web » de Guillaume Brunet avec 6 réactions. […]

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