Une prescription ergonomique docteur?
Par Sandrine Prom Tep, le 30 juillet 2009
(1) Easy I.D.
(2) Code red.
(3) Information hierarchy.
(4) Upside down to save paper.
(5) Green is for Grandma.
(6) An info card that’s hard to lose.
(7) Take “daily.”
(8) Clear warnings.
[from The Perfect prescription]
En bons occidentaux que nous sommes, quand “on” est souffrant (et pas avant), on va chez le docteur qui nous examine et nous rédige une prescription dans la majorité des cas.
Le paradigme de santé asiatique centré autour d’un processus continu qui vise à éviter la maladie plutôt qu’à la guérir diffère avec celui-ci, je vous l’accorde, mais la santé comme telle n’est pas ici tout à fait le but premier de mon propos…
En mêmes bons occidentaux que nous sommes également, “nous” développons pour la très grande majorité que nous sommes dans nos diverses et belles industries, des sites Web…(et après seulement) on se demande s’ils sont ergonomiques…sauf mes clients dont agentsolo.com (à qui je ne laisse pas le choix vu que c’est la compagnie de mon mari! ;-)…mais blague à part, sans être sérieusement,les seuls, mon point est que ces sites qui embrassent la démarche de DCU en continu constituent encore trop des exceptions…et je suis de bonne foi rassurez-vous, car je vous invite à nommer vos sites dans les commentaires, les rares autres sites véritablement ergonomiques dès leur conception et qui constituent l’exception qui confirme la règle que vous connaissez… ;-))).
Le paradigme du développement centré-usager ou DCU diffère avec ce que je viens de dire, et s’apparente plus à l’approche de la médecine orientale je vous l’accorde, et c’est tout à fait le coeur de mon propos!
En effet, voilà quelque temps que j’ai relu un article relatant qu’un étudiant de l’École des arts visuels de NYC, a proposé une refonte ergonomique de l’étiquette d’une prescription dans le cadre d’un de ses projets étudiants! Et devinez quoi? Ça fait toute la différence! Et ce n’est pas parce qu’il vient d’une famille de médecins!!!
Je vous laisse lire l’article intégral rapportant ce bel exemple de reconception et design par Sarah Bernhardt du New York Mag (11 avril 2005), car je préfère vous partager ici la réflexion que cela a suscité pour ma part.
Vous avez tous bien vu la prescription ergonomique en introduction de cet article n’est-ce pas? Voici maintenant une photo d’exemples de prescriptions ‘avant’…c’est à dire celles que nous connaissons tous sans être capables de les déchiffrer…

Prescription
En effet, je suis peut-être biaisée en tant qu’ergonome des interfaces qui apprécie les critères ergonomiques à l’oeuvre dans cette refonte d’étiquette, mais je tiens à souligner néanmoins qu’il me semble très sincèrement évident au delà de cela, que lorsque l’on compare l’avant et l’après ‘redesign’ de la prescription, la démonstration de l’efficacité et de la nécessité d’une telle approche au design des produits et systèmes - incluant les sites web- de notre quotidien est plus que flagrante!
Et quand je pousse ma réflexion, je me dis que l’on se demande encore vraiment pourquoi l’ergonomie cognitive (et c’est aussi un peu vrai pour l’ergonomie physique d’une certaine façon si vous voulez mon avis), demeure encore une spécialité si souvent inconnue en ce qui a trait au design des artefacts. Ce constat est aussi vrai pour sa résultante, soit un artefact respectant des normes ergonomiques qui est bien souvent dans les faits, une réalité négligée et au mieux, un souhait ou une forte recommandation, mais pas encore assez souvent une prescription…pour profiter du jeu de mots trop facile!
Pour justifier d’éviter la dépense, un des arguments qui est souvent émis en ce qui a trait à l’utilisabilité, est celui de la ‘non-criticalité‘. On comprend que l’ergonomie cognitive soit essentielle au design du cockpit d’un avion car c’est essentiel à la sécurité des passagers…On comprend que l’expérience usager peut permettre de vendre plus, de renforcer une bonne image de marque et surtout de fidéliser une clientèle qui n’obéit qu’à la loi du “Dont’ make me think” largement popularisée par Steve Krug…mais de là à dégager les budgets -temps, argent et ressources- pour le faire…faudrait qu’il y ait mort d’hommes les amis pour que ce soit assez ‘critique’ au projet! Pensez-y, même une prescription médicale, ce qui peut être assez critique merci dans certains cas de maladies, cela prend un projet étudiant pour proposer le concept d’un redesign ergonomique de la chose!
En cette nouvelle ère où on voudrait tant tous croire que la société de consommation dont on fait partie essaye de se réformer, qu’elle n’a plus le choix d’opter pour des pratiques plus éthiques, que même nos compagnies les plus commerciales songent sérieusement à l’environnement, et que vivre autrement n’est plus seulement le dada des moines bouddhistes mais est bel et bien devenu la préoccupation de tous, docteurs, chercheurs, et citoyens…je me dis alors tout bonnement, mais à quand l’ergonomie comme valeur culturelle? Comme condition de santé? Comme partie intégrante de notre qualité de vie finalement? Pourquoi pas?
Ceci va peut-être sonner comme un plaidoyer pour ma discipline au sens large, et les psychologues du travail vont me dire que cela fait longtemps que ce que j’énonce est le cas dans leur domaine professionnel (en théorie du moins), mais au diable la forme et les guerres de clochers, je me concentre sur le fond et je vais vous le lancer haut et fort!
Concentrons-nous tous ensemble SVP à se demander aussi candidement que franchement: à quand donc enfin le jour où les docteurs vont nous prescrire une dose d’ergonomie dans la vie??!! Et pas besoin que ce soit couvert par l’assurance-maladie ou la sécu…;-))
P.S.: En écrivant ce billet, je ne peux m’empêcher de penser à un parallèle avec le contexte commercial un peu plus large que celui de la santé, et plus spécifiquement à l’excellente étude du professeur Éric Brangier de l’Université de Metz, qui porte sur une forme d’ergonomie appliquée aux étiquettes des bouteilles de vin.
Éric Brangier était généreusement venu présenter son concept d’ergo-marketing et les résultats de son étude à une conférence d’Utilisabilité Québec en 2007 que j’avais organisée avec mes collègues Aude, Julie, Stéphanie, Nathalie et Pierre-Alexandre cette année là dans le cadre de la Journée Mondiale de l’Utilisabilité.
Nous avions d’ailleurs tous profité de l’occasion pour lever un verre à la santé de l’utilisabilité (et de l’ergonomie at large pour ceux qui ne sont pas toujours sûrs de la différence qui existe entre les deux!) J’espère que ceux qui étaient présents et s’en souviennent, en gardent un aussi bon souvenir que moi/nous! Et pour les autres, ne vous inquiétez pas, on remet ça chaque année en novembre!
Sujet : Design, Ergonomie et utilisabilité |
Une réponse à “Une prescription ergonomique docteur?”
Commentaire
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Le 14 août 2009 à 5 h 23 min
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