Les Personas: une méthode pour l’intelligence client?

Par Sandrine Prom Tep, le 7 mai 2010

Dans le cadre du RDV printannier de la Chaire de commerce électronique RBC Groupe Financier de HEC Montréal, nous avons eu le plaisir de recevoir le Professeur Éric Brangier de l’Université Paul Verlaine de Metz (France), également directeur du laboratoire ETIC.

Éric Brangier nous a entretenu sur le thème des Personas, en s’interrogeant sur le potentiel de cette approche pour l’Intelligence Client, ce qui cadrait ainsi parfaitement avec l’intitulé du 5@7 Intelligence Client de la Chaire RBC.

La conférence a commencé par délimiter l’espace problème de l’expérience utilisateur, en la situant notamment en fonction de l’évolution du focus central des recherches s’y attaquant depuis la naissance de l’informatique à aujourd’hui. Il a cité ainsi successivement des phases de recherche plus centrées d’abord sur l’accessibilité (à partir des années 60), puis l’utilisabilité (à partir des années 1970), ensuite l’émotion (à partir des années 90) et enfin, la phase actuelle centrée sur la persuasion (à partir des années 2000), en précisant bien que chaque focus ne venait jamais éliminer la pertinence du précédent, mais bien au contraire, s’ajouter au précédent de façon incrémentale comme l’indique l’acétate ci-dessous:

Éric Brangier a ensuite situé l’approche des Personas parmi les méthodes classiques en précisant qu’il s’agit d’une méthode vraiment au coeur des quadrants de la situation d’évaluation “réelle-articificielle”, et de la source de savoir collecté “utilisateur-expert”.

S’inscrivant moins dans une ergonomie visant la correction et la conception, les Personas correspondent plus à une méthodologie permettant la prospection. Il s’agit de prendre conscience qu’avec la démocratisation et l’ouverture sur les clientèles internautes du monde entier qu’amène le Web, on ne peut plus concevoir en se représentant l’usager que peuvent être des milliards d’usagers…C’est dans cette perspective, que les Personas constituent une méthode prospective, permettant de se représenter des usagers fictifs potentiels futurs souhaitables et souhaités, afin de développer des produits interactifs anticipant des fonctionnalités en accord avec ces ‘archétypes’ usagers visés. Le conférencier a précisé cependant, que sa visée prospective constituait la principale critique adressée à la méthode des Personas, du fait de la difficulté de valider les projections de comportements qu’elle entraîne.

L’exemple des Personas d’Ericsson nous a été présenté. Sans retrouver la page où ils sont tous présentés, j’ai retracé ici un extrait de communiqué de presse révélant l’emploi de Personas en mode prospectif lors d’une foire d’expositions technologiques à Barcelone en 2008:

“Ericsson will conduct demos of the latest developments in television, mobile broadband and energy efficiency, including several world firsts, at the Mobile World Congress in Barcelona, Spain, from February 11 to 14.

Through the eyes of the consumer, Ericsson will employ interactive storytelling, using three personas to demonstrate how technology is used in different market segments: Jessica, a “digital native”; Tom, who is juggling career, family and hobbies; and Mosi, an empowered phone user.

Visitors to Ericsson’s TV Pavilion will be able to experience the whole process of producing, managing, distributing and consuming TV content. Ericsson’s end-to-end TV capabilities - across multimedia, network and services domains - will be on display.

Johan Bergendahl, vice president and chief marketing officer at Ericsson, says: “We want to position Ericsson as partner of choice for our customers that are moving into the TV space, or thinking of doing so. We see that consumers are changing how they watch TV. There has been a content explosion in the market and a clear technological breakthrough.”

Le conférencier a continué par définir les Personas comme des “archétypes ou une représentation des utilisateurs qu’on peut utiliser pour guider des décisions concernant la conception de systèmes“, construits sur la base de “données ethnographiques, technographiques, sociologiques et psychologiques“, et il a précisé que les Personas offrent le principal avantage de mettre ‘tous’ les utilisateurs potentiels sur un pied d’égalité en permettant d’outiller les équipes de développement d’une représentation commune de ceux-ci, collectivement négociée et construite…participant également à un niveau beaucoup plus large à la construction sociale du besoin.

Une excellente synthèse des recommandations relatives à la création des personas a été présentée, en faisant ressortir 5 phases essentielles:
1) collecte selon sources de données primaires ou secondaires
2) recherche et profilage des personas à créer en fonction de buts, caractéristiques et comportements intéressants
3) répartition des éléments en mode synopsis pour la création de personas bien campés et bien contrastés entre eux
4) rédaction des personas comme tels au niveau macro: nombre, types, mais aussi micro: les noms, contextes d’usage, etc.
5) diffusion des personas ou mise en place pour la mise en oeuvre via l’appropriation au sein des équipes de conception-développement

M. Brangier a bien insisté sur cette 5e et dernière phase, qui est le plus souvent oubliée ou escamotée, alors qu’elle est cruciale à rendre la création de personas réellement utile et efficace pour concevoir et anticiper l’expérience usager.

Afin de justement valider l’utilité de cette méthode, les deux cas de figure -avec et sans persona- ont été comparés par rapport à une situation précise de conception pour le développement de fonctionnalités pour une bibliothèque numérique. Les résultats de cette étude expérimentale ont révélé que pour 5 concepteurs Web chevronnés, une différence significative était observée sur des indicateurs comme:

Une variation a été observée de 521% entre le nombre total d’idées respectivement générées sans et avec l’aide de Personas pour les 5 sujets! - confirmant ainsi la capacité des personas à générer des idées utiles pour la conception.

Le Professeur Éric Brangier a conclu sur la présentation de quatre théories pouvant éclairer le fonctionnement des Personas, à savoir: la théorie du jeu, la théorie de l’esprit (capacité de faire des inférences sur des inconnus) qui rejoint d’une certaine façon le processus d’empathie (se mettre à la place de l’autre), et finalement la théorie de la gestion des contraintes qui délimitent l’espace de recherche et permet un recours potentiellement créatif aux analogies. Ces différents éclairages théoriques ne sont pas mutuellement exclusifs et participent probablement tous du potentiel de conception innovante des Personas.

La présentation du Professeur Éric Brangier est disponible pour lecture ou téléchargement via le site de la Chaire de commerce électronique RBC Groupe Financier de HEC Montréal.

Évaluation :

Sujet : 1, Commerce électronique, Conférence, Consommateur, Design, Ergonomie et utilisabilité, Études |

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