Le côté sombre du Web 2.0. Éditorial.

Par François La Roche, le 19 janvier 2007

Cette semaine, suite à un article paru dans LaPresse, des milliers de québécois sont allé inscrire une note sur le site étatsunien RateMDs.com. (pas de lien ici, je ne tiens pas à contribuer outre mesure au succès de ce site!)

Voici un autre cas probant du Web 2.0 ou participatif. Un cas où les internautes (lire : les citoyens) fournissent du contenu (soi-disant) dans un contenant qui nous est présenté, dans ce cas-ci, sous l’image d’un quasi service public. Attirant, certes.

Je dis attention, cependant!

Un cas de Web 2.0
Typique d’un cas de Web 2.0 qui “pogne”, ce qu’on pourrait appeler le succès “québécois” de ce site est l’exemple parfait du phénomène. Une appropriation de masse à vitesse grand V. Parcourir le site en question, c’est constater que des milliers de québécois y sont effectivement allé faire une entrée à propos d’un médecin et ce, en quelques jours seulement… Peut-être sans se donner le temps de réfléchir.

Nuance et prudence
Contrairement à un site de discussion sur de simples produits de consommation (Epinions.com pour ne nommer que celui-là), ratemds.com, lui, concerne un sujet qui touche des questions de santé, et pour certains, de vie ou de mort. Une très grosse nuance à mon avis qui devrait nous obliger à la plus grande prudence.

Ma réflexion d’aujourd’hui croise celle d’un de mes billets précédents (juin 2006), “L’intérêt du blogueur, l’intérêt du lecteur“.

Motivations de l’éditeur
D’abord, on peut se poser la question sur la motivation des éditeurs à mettre un tel site en ligne –d’origine étatsunienne doit-on le rappeler. Sous le couvert d’un service aux citoyens, il y a très évidemment là l’attrait des revenus sur le plan publicitaire. A-t-on véritablement une mission citoyenne? Y a-t-il un lien entre ce site et, disons, des partenaires financiers liés à la profession légale? Sans réponse sur le site, on est en droit de se poser la question! (et on peut facilement imaginer la manne qu’un tel site représente pour tout avocat en quête de sujets à exploiter.)

Motivation du contributeur
Première question : quelle raison motivera une personne à aller placer un vote sur ce site? Mon hypothèse : d’abord et avant tout une réaction vive à une expérience forte. “Dr X est absolument génial. Il m’a soigné! 5 sur 5″. Ou au contraire : “Dr Y est épouvantable: 1 sur 5″. Regardez le site rapidement et vous verrez effectivement beaucoup de notes dans ces extrêmes.

Deuxième question : comment qualifier le vote d’un individu. Une seule visite –positive ou négative– peut inciter un patient à faire une entrée. Quelle est la valeur de ce vote à côté de celui de l’autre patient qui est suivi par le même médecin depuis 15 ans?

Autre question : qui contribue? On connaît le phénomène de l’auto-plogue dans les forums de discussion. Aucune raison de croire que ce même phénomène n’est pas applicable ici. Attention, donc, aux premières 5 à 10 entrées, elles peuvent peut-être être encore davantage biaisées…

Motivation du lecteur
Curiosité crasse ou intéressée? Dans le premier cas, le temps fera s’effriter ce genre de visites. Le deuxième cas, le visiteur intéressé, est celui qui me préoccupe le plus. Ce visiteur véritablement intéressé à en savoir davantage sur un médecin pourra-t-il y trouver une information valide et fiable? Qu’attend-il d’un tel site?

Et, question encore davantage cruciale, saura-t-il juger convenablement de l’information qu’il y trouvera? Aura-t-il le réflexe de se poser ces mêmes questions que nous nous posons ici? Comment interprétera-t-il les données qui s’y trouvent? Sautera-t-il à la conclusion que le médecin X ou Y est nul, à éviter ou même dangereux sur la seule base des quelques votes?

Attention future!
On pourrait imaginer que la quasi totalité des médecins québécois –il y en a un peu plus de 18 000 au Québec– sera éventuellement répertoriée sur ce site, ou un autre similaire. Si tous les médecins finissent par obtenir un grand nombre de votes, pourrons-nous alors conclure que le site offre enfin une information valide et fiable?

J’espère que la réponse vous saute aux yeux : pas nécessairement; pas plus que maintenant!

Responsabilité
Au delà des problèmes de notre système de santé –on ne parlera pas de celui de nos voisins du sud!–, de la rareté des médecins au Québec (avez-vous un médecin de famille, vous?), de la présence d’un site comme ratemds.com, je crois que certains sujets méritent qu’ils soient traités avec grande prudence et circonspection.

Dans ce cas-ci, comme dans bien d’autres incluant les sites de discussions politiques, il devient particulièrement crucial de se questionner sur les sources, les motivations à publier et sur la qualité (validité et fiabilité) de l’information publiée.

Le Web a cette caractéristique d’instantanéité dans la publication. Il ne faudrait pas que les internautes tombent automatiquement dans d’instantanéité de la consommation. Ce serait, je crois, tomber du côté sombre du Web 2.0.

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Voilà qui devrait aider à juger ce billet. ;-)

Évaluation :

Sujet : Communication, Web 2.0 |

2 réponses à “Le côté sombre du Web 2.0. Éditorial.”

  1. jordanchen
    Le 19 janvier 2007 à 12 h 17 min

    C’est en effet une des tangentes dérangeantes de ce web 2.0 qui peut faire frémir. L’idée que tous les citoyens peuvent donner leur avis c’est bien mais de là à ouvrir des tribunes qui rendre l’exercice théoriquement “officiel” et disponible à la consultation de tous dans un câdre soi-disant “utile pour la société” fait peur… Surtout que l’anonymat du web ainsi que de possibles transactions et partenariats invisibles aux yeux du lecteur peuvent facilement influencer le contenu des opinions présentées…

    Une offre de quelques milliers de dollars ici et je vous jure que bien des médecins pourront dégager toutes mauvaises critiques de ce récipient d’opinions controlés et métamorphoser le tout en critiques positives.

    Il faut se méfier de cette fixations sur ce web 2.0 car ce qui s’affiche sur nos écrans demeurera toujours de l’information filtré qu’on le veuille ou non. Et l’argent sera toujours une jolie variable qui influencera la balance de la vérité face à la désinformations payante.

    Autres exemple: la tendance de plus en plus populaire d’être payé pour bloguer…

  2. Muriel Ide
    Le 22 janvier 2007 à 12 h 26 min

    Tu ne seras pas étonné François d’apprendre que le même régime s’applique aux professeurs… sur le très courru : http://www.ratemyprofessors.com/
    Reste à voir qui écrit les commentaires (la plupart sous des pseudos) et quel est le rôle du site dans la mesure où, souvent, les professeurs sont évalués par leurs étudiants dans le cadre de l’école.

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