Le contenu n’est qu’un valet (ou comment faire de l’argent avec son blogue)

Par Etienne Denis, le 17 février 2008

John Chow

Content is NOT a king! La déclaration peut paraître un peu provocatrice, surtout de la part du pdg d’une agence spécialisée en contenu internet, mais c’est ce qui résume le mieux mon analyse de www.johnchow.com.

Avec 30,000$ de revenu par mois, John Chow a prouvé qu’un blogue peut être très rentable. Son Title Metatag est d’ailleurs explicite : “I Make Money Online by Telling People How Much Money I Make Online - John Chow dot Com”.

Sa recette? Elle a été inventée bien avant les blogues, bien avant les AdSense et les programmes affiliés, bien avant le “Content is King” repris en boucle par les gourous depuis les débuts du web. Sa recette vient des premiers journaux qui ont commencé à vendre de la pub, et elle s’est raffinée tout au long du 20e siècle.

John Chow fait du média capitaliste dans ce qu’il y a de plus traditionnel. Voici son modèle d’affaires :

  1. Vendre des utilisateurs (lecteurs, auditeurs, etc.) à des annonceurs (j’inclus ici les programmes affiliés et autres)
  2. Attirer spécifiquement les utilisateurs qui se vendront bien aux annonceurs
  3. Optimiser (attirer plus de lecteurs, mais surtout : mieux les vendre!)
  4. Reprendre le point #3

C’est le modèle classique des médias. Le contenu n’y est pas roi. Le contenu n’y est qu’un valet. J’écris cela sans aucune connotation négative. C’est le rôle du contenu que d’être un valet. Dans le cas de www.johnchow.com : un valet au service des annonceurs.

johnchow.com accueil

Si le contenu était vraiment roi, les sujets de La Presse de ce matin auraient été choisis en fonction de ce qui vous intéresse vraiment comme lecteur de La Presse. (Or, ils ne le sont pas. C’est en fonction de la pub qu’on décide s’il y aura un cahier sur l’immobilier plutôt que sur les enfants.)

Le meilleur contenu du monde, s’il est seul, est aussi inutile qu’un roi sans armée ni royaume. Il ne fera pas vivre son blogueur. John Chow a eu 150 000 visiteurs uniques en janvier 2008, c’est beaucoup, mais pas si exceptionnel.

Si John Chow fait tant d’argent avec son blogue, c’est parce que ses lecteurs sont non seulement avides de dépenser de l’argent (dans l’espoir d’en faire), mais qu’il sait comment transformer des visites en argent sonnant. Le résultat :

10 cents par page vue!

Le nerf de la guerre est de générer des revenus par tous les moyens possibles : articles commandités, AdSense, Text Link ou une publicité traditionnelle, etc.

Voici comment l’espace y est utilisé.

johnchow.com accueil

Pas beaucoup de jaune…

Quand l’internaute scrole pour voir le contenu, même scénario : son écran n’est qu’une succession d’occasions de contribuer aux revenus de John Chow. Par exemple, le vrai menu de navigation se trouve en bas de la liste des “Featured Sites”.

johnchow.com page

C’est tellement bien fait qu’il est difficile de ne pas cliquer sur une pub!

Et le contenu? Il sert à attirer les internautes visés par les annonceurs. C’est pourquoi les catégories du blogue de John Chow ne se limitent pas à make money online et technology, mais aussi cars, fine dining et investing. Il nous dit comment faire de l’argent, mais il nous fait aussi rêver sur la façon de dépenser. Ça crée un certain état d’esprit, disons. Avec des pubs sur les mots “restaurant”, “wine” et autres, bien sûr.

Votre call to action : listez toutes les façons par lesquelles votre contenu se met au service de votre modèle d’affaires. Puis brainstormez pour trouver dix autres idées que vous n’avez jamais appliquées.

Évaluation :

Sujet : Blogues d’affaires, Commerce électronique, Contenu, Design, Marketing Internet, Modèle économique |

Une réponse à “Le contenu n’est qu’un valet (ou comment faire de l’argent avec son blogue)”

  1. Éric Léveillé
    Le 26 février 2008 à 11 h 11 min

    Excellent!

    Ce billet rejoint totalement un récent sujet de discussion au Think Tank sur les réseau sociaux chapeauté par le hec. Nous y parlions de la crédibilité du contenu sur l’Internet relié aux différents modèles d’affaires. Une des conclusions, c’est que le mélange des genres prévaut de plus en plus. Les blogues deviennent (tendance) des véhicules publicitaires, et jouent ainsi dans la cour des sites d’informations (quotidiens en ligne) qui de plus en plus adoptent ce modèle. Ces mouvements lancent aussi des questions. Qu’en est-il de la fidélisation? Tournée vers le lecteurs, vers l’annonceur? Qu’en est-il du contrôle de l’information? Le blogueur est-il devenu une marque? alors qu’initialement la valeur du contenu des blogues en général se retrouvait dans l’expertise personnelle, l’indépendance de l’expression et l’opinion.

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