Faire alliance avec les rebelles du Web

Par Guillaume Brunet, le 21 septembre 2007

Telle est la stratégie de la rédactrice en chef du magazine L’actualité Carole Beaulieu, pour le positionner dans l’univers médiatique en pleine mutation. Lors de la soirée d’hier des grands communicateurs, elle faisait allusion à la stratégie de la capitaine Katherine Janeway qui a dut faire alliance avec les rebelles afin de vaincre ses ennemis dans la populaire télésérie de science-fiction Star Trek.

Voici donc un court résumé des propos forts intéressants de la rédactrice de mon magazine favori autour de deux principales questions : « Les magazines vont-ils s’adapter aux technologies de l’information qui sont de plus en plus présentes dans nos vies, ou bien sont-ils une espèce en voie de disparition? Quelle est leur place dans le paysage médiatique en 2007 et pour les années à venir ? »

Après 30 ans de magazine, l’Actualité est devenu hybride, utilisant principalement le Web pour diffuser des contenus à valeur ajoutée aux lecteurs et établir un dialogue avec le lectorat. Selon l’éditrice un enrichie l’autre.Selon elle, les magazines sont là pour rester comme en fait foi le fait qu’il n’y a jamais eu autant de magazines dans les rayons. Les magazines auraient plusieurs avantages distinctifs par rapport aux autres médias. Selon un sondage de Léger Marketing les gens aiment leur magazine parce qu’il est « beau », « sensuel », « portable », « fait figure d’autorité », et « est à eux ».

Il est par contre vrai que les magazines perdent de l’argent au profil d’internet, mais la situation serait beaucoup plus désagréable pour les journaux. En 2008-2009 aux États-Unis les journaux ne connaitront pas de croissance de revenus pour la première fois de leur histoire alors que ceux des magazines hausseront que de 4,8%.

L’alliance naturelle entre le Web et le magazine s’explique aussi par le fait que les internautes dans cette surabondance d’informations vont aller en ligne vers des marques connus et de référence, comme par exemple Business Week ou encore l’Actualité. Je peux aussi le constater chez Médias Transcontinental avec le succès que connait nos grandes marques de magazines ou journaux en ligne, tels que Coup de Pouce, Elle Canada ou Les Affaires. J’ai pu remarquer que c’est vrai que c’est rassurant pour les internautes, mais c’est encore plus vrai avec les gros annonceurs qui vont être attirés à aller en ligne sur le site des marques traditionnelles qu’ils connaissent plutôt que les marques purement Web (l’exemple de Facebook en est un bon, avez-vous déjà vu la pub dun annonceur majeur sur ce site ?).

Si le magazine est bon pour la réputation du site Web, celui-ci fait connaître le magazine. En effet, selon Madame Beaulieu 83% des gens ayant visités le site web d’un magazine ne connaissaient pas la publication papier reliée au site Web. Cette alliance permet aussi à l’éditeur d’élargir son auditoire et permet de mieux rejoindre l’auditoire masculin difus qui est si difficile à rejoindre par les annonceurs dans les médias traditionnels.

En terminant, elle croit que la belle position qu’occupe les magazines pourrait par contre être ébranlée par l’arrivée dans les prochaines années d’appareils numériques portables pour visualiser nos magazines favoris (plusieurs initiatives sont tentées présentement en Asie). J’ai aussi posé une question à laquelle je n’ai pas obtenu une réponse à la hauteur de mes attentes : « La plupart des magazines utilisent présentement une stratégie de protectionniste vis-à-vis leur contenu. Il est vrai qu’ils développent des sites Web pour communiquer avec leur lectorat et leur en donner un peu plus, mais ils ne rendent pas disponibles la totalité de leurs articles en ligne. Qu’arriverait-il selon vous s’ils rendaient disponibles tous leurs articles en ligne ? Est-ce que le nombre de visiteurs qui visiterait le site serait suffisant pour générer une portion supérieure de revenus à celle perdus suite à la vente des magazines ? »

Je vous invite grandement à participer aux prochaines séances de cette série.

** Publié en primeur sur www.guillaumebrunet.com **

Évaluation :

Sujet : Conférence, Contenu, Modèle économique, Placement média, Stratégie, Tendances, Événements |

2 réponses à “Faire alliance avec les rebelles du Web”

  1. t1s2e3
    Le 21 septembre 2007 à 15 h 58 min

    La dernière question est la bonne et touche un point critique. Pour ma part je pense que la gratuité des contenus sur internet, tant pour les journaux que pour les magazines, est dangereuse pour la qualité et la versatilité de ceux-ci. Étendre ce modèle et les pupitres seront alors probablement influencés par le traitement de sujets ayant un fort potentiel publicitaire (Ils le sont déjà, pensons au contenu des cahiers spéciaux de nos grands quotidiens), ce qui n’est pas forcément égale à une diminution de la pertinence des contenus présentés mais certainement de l’éventail des sujets abordés. Il est’ d’après-moi, sain d’établir sur internet une valeur au contenu qui en possède et ainsi établir un lien de redevance direct avec le lecteur. Il y a beaucoup a dire et a explorer.

  2. François La Roche
    Le 24 septembre 2007 à 10 h 16 min

    Deux commentaires :

    Le premier : se poser la sempiternelle question de la disparition éventuelle des magasine à cause de l’arrivée du web, c’est être bien aveuglé par un future trop futuriste alors que le passé est toujorus si présent (radio vs arrivée de la télé; commerce en ligne vs e-commerce)

    Pour la deuxième question, d’abord une donnée. Le NY Times révélait il y a quelques jours sa décision de rendre dorénavant disponible en ligne le contenu du journal (incluant les archives). La décision fait suite à deux ans d’un autre régime : celui des abonnements payants pour du contenu exclusif en ligne. Selon son communiqué, la direction du journal affirme qu’elle perdra près de 10 M $US. Elle ne dit pas combien elle espère retirer de plus en revenus publicitaires cependant. D’autres (comme l’analyste média Tom Grubisich ou le blogue de e-strategy se questionnent sur la décision.

    Ma 2e question, donc : y a-t-il là un enseignement pour les magazines et journaux québécois? Attention, la réponse n’est peut-être pas la même que celle proposée par le NYTimes dont le marché se mesure en centaines de millions d’individus…

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